Après un passage éclair aux Saintes, dont la baie est équipée de bouées payantes depuis peu, nous descendons vers le sud. Douze heures plus tard, arrêt pour la nuit sur un « mooring » devant l’Anchorage Hôtel en Dominique. En cette période estivale, les vents sont faibles et l’on doit fréquemment s’aider du moteur. Au lever du jour, départ pour la Martinique, on franchit le canal de la Dominique, habituellement agité, dans des conditions surréalistes : mer d’huile et soleil de plomb avant d’être rafraîchis par un énorme grain sous le vent de la Martinique.
En fin d’après-midi, nous ancrons aux Anses d’Arlets pour trois jours. Nous commençons à toucher du doigt les vacances car le séjour en Guadeloupe a été plus technique que farniente.
Dans le mouillage, les enfants pêchent tous les matins des poissons (cousins des sardines) de l’arrière du bateau ; des tortues émergent ça et là autour de Galinette, nous arrivons même à en suivre une en apnée. Le 12 août à midi, nous fêtons les dix ans d’Elsa avant de prendre la mer vers le Venezuela. Nous modifions légèrement l’itinéraire prévu avant le départ en raison des nombreux « bruits de pontons » au sujet de la sécurité des plaisanciers au Venezuela. L’Est du Pays (Paria, Testigos, Margarita) serait encore moins sûr que lors de notre voyage en 2008 ; c’est pourquoi nous visons l’île de la Blanquilla à 270 milles au Sud-ouest de la Martinique. Cette navigation doit durer environ deux jours et demi. C’est également un test pour l’équipage ; le programme de navigation de notre année sabbatique comporte plusieurs étapes de même durée et il vaut mieux s’assurer que tout le monde tient le coup avant de s’aventurer vers l’ouest de la mer des Caraïbes. Peu après la disparition des côtes françaises, nous croisons d’assez loin des cétacés que nous identifions comme un banc de cachalots. C’est notre première rencontre avec ces mammifères et Nnous en sommes ravis. Le rythme des quarts s’établit progressivement, Sandra et Florent alternent les périodes de veille, les enfants dorment toute la nuit et bénéficient à leur grande joie de la cabine avant, moins bruyante. Le vent est portant mais faible, notre vitesse plafonne à 5 nœuds malgré des essais de voilure tangonnée.
Au bout de 55 heures de mer, nous atterrissons à la Blanquilla de nuit, aidés par la pleine lune et les feux de mouillage des 4 voiliers déjà mouillés. Nous avançons prudemment car la précision des GPS et de la cartographie dans cette zone est plus qu’aléatoire, la preuve !
Le bilan de cette première longue traversée est positif, les enfants ont trouvé des occupations, les adultes ne sont pas trop fatigués, on déplore seulement la perte d’un leurre Rapala et des anneaux de la canne à pêche, sous l’attaque violente d’un gros poisson.
Du 15 au 21 août 2011
Les fonds sous marins de la
Blanquilla sont impressionnants : sans s’éloigner beaucoup du voilier, on
peut observer une multitude d’espèces. En revanche, l’intérieur de cette île
aride est difficilement accessible, bien gardé par de gros cactus qui
projettent leurs épines sur l’imprudent qui les frôle.
La playa el Yaque est la plus fréquentée par les voiliers, nous rencontrons là Oxygène, Café liégeois et Colibri. Les pêcheurs ancrent également dans cette baie et profitent du point d’eau douce situé en retrait du bosquet de palmiers de la plage. Ils viennent de Margarita et habitent sur leurs bateaux pendant trois mois avant de rentrer chez eux !
Le fusil harpon ressort des cales et permet aisément de nous alimenter pendant une semaine (orphies, rougets, barracudas, carangues).
Nous tentons un mouillage à la baie de l’américain,
juste le temps d’un pique-nique car il est si rouleur que nous l’abandonnons
après le repas. Cette baie est sublime, les parois rocheuses créent des arches
et des grottes autour de la plage de sable blanc. La petite construction sur la
falaise (la maison de l’Américain qui a donné le nom à la baie) n’est plus en
état depuis bien longtemps, on comprend difficilement que ce lieu ne soit plus
utilisé…
Les garde-côtes nous rendent visite et insistent sur le fait qu’ils sont là pour assurer la sécurité des touristes, en revanche ils ne sont pas habilités à établir les documents officiels qui permettent de naviguer dans le pays ; nous devrons nous rendre sur le continent (Puerto la Cruz).
Vingt heures de navigation plus
tard et cent milles plus au sud, on retrouve la Marina Bahia Redonda où l’on
s’était arrêté en 2008. Tout le trajet s’effectue au moteur : pas un
souffle d’air mais un beau spectacle de dauphins.
Du 22 au 30 août 2011
A Puerto la Cruz, Keigla Boat Services nous permet d’effectuer rapidement les formalités d’entrée au Venezuela. Nous profitons de l’escale pour faire quelques courses, finir la remise en état de Galinette et du site Internet.
En deux ans et demi, la fréquentation de la marina a
changé : beaucoup moins de voiliers français, peu d’américains, les canaux
que nous parcourons en annexe sont bien moins fréquentés.
Le change parallèle, lui, existe toujours et nous rend l’avitaillement bon marché. Ce n’est pas du tout le cas pour la population : les prix officiels sont près du double de ceux de 2008 ! Le gasoil (au prix toujours dérisoire) n’est plus vendu aux étrangers ; nous contactons un taxi (Carlos) qui se charge, de nuit, de nous en procurer cent vingt litres qui nous reviennent à douze Euros livrés à bord. Le marché municipal est toujours très bien fourni (fraises, salade, melocotones, viande, poulets vivants) mais l’hygiène du sol est toujours aussi douteuse.
Le dimanche 28, c’est la rentrée des classes sur Galinette : les enfants, vêtus de leurs uniformes comme dans toutes les écoles des Antilles, entrent en CE1 et CM2 ! Nous préférons débuter en avance pour se ménager une marge de manœuvre. Ils auront cours chaque matin pendant deux à trois heures, sauf les jours de navigation qui seront chômés. A notre grande surprise, ils sont ravis de leur premier jour d’école et respectent parfaitement les consignes.
Les cales emplies de produits frais, nous allons mettre maintenant le cap sur la Tortuga, los Roques et les Aves, une multitude d’îles paradisiaques.
