Du 16 au 22 avril 2009
VIRGIN GORDA
A 14h nous mettons cap à l’ouest vers Dog Island, île dépendant d’Anguilla. Dans ce pays, les formalités d’entrée sont très onéreuses. Nous comptons passer une seule nuit gratuite à Dog Island, pavillon jaune hissé, et repartir tôt le matin vers les îles vierges. Cette courte navigation est très agréable, au portant, sous génois seul, galinette file 7 nœuds grâce à sa carène propre… Notre enthousiasme baisse à l’approche de Dog Island : le vent à viré au sud-est et les deux mouillages sont intenables ; la houle secoue le voilier en tous sens et l’ancre menace de se bloquer dans de profondes failles rocheuses.
Nous prenons la décision de quitter ce caillou illico presto pour les Vierges sans même débarquer. Le trajet devrait être confortable. A 17H30 l’ancre est remontée à nouveau et l’étrave pointe en direction de Virgin Gorda. Le voilier marche très bien, même trop bien car nous devons impérativement arriver de jour pour négocier le passage dans les passes étroites de l’archipel des vierges. A contrecœur, nous réduisons la voilure pour limiter la vitesse à 6 nœuds.
Cet archipel est constitué de deux groupes d’îles : les îles vierges britanniques (BVI) et les îles vierges américaines (USVI). Nous éviterons ces dernières car nos passeports seraient refusés aux Etats-Unis puisqu’ils ne sont pas « bio métriques » ( dernière génération de passeports électroniques). En ce qui concerne les BVI, la plupart des échos que nous ayons eus les présentent comme hors de prix, le mouillage sur ancre serait interdit et il serait obligatoire de payer un droit d’amarrage sur bouée de 25 US$ chaque nuit. Si la situation est telle nous écourterons le séjour afin de ne pas grever notre budget en frais inutiles.
Après une attaque nocturne de poisson volant sur Florent, Galinette franchit le Round Rock Passage et se retrouve dans le sir Francis Drake Channel, au sud de l’île principale : Tortola.
Ce dédale d’îlots est connu pour avoir été durant des décennies le repaire des flibustiers et des boucaniers qui interceptaient les galions espagnols chargés de richesses en route vers l’europe.
Le doit d’accès au territoire ne coûte finalement que 19 $ pour un mois, que nous payons dans l’île de Virgin Gorda, la plus à l’est. C’est sur cette île qu’est situé le site touristique le plus connu du pays : « The Baths »(trad : les bains).
Le paysage est étonnant : plages de sable blanc plantées de cocotiers et parsemées de gros amas de boulets de granit gris. L’ensemble est baigné par l’eau claire et chaude des caraïbes. Les tarnais y trouveraient une note de Sidobre par 18° de latitude Nord. Nous restons trois jours au mouillage afin de profiter du site tôt ou tard en journée, en dehors des heures de fréquentation excessive. En journée, l’endroit est assailli par les « day-tours » (promenade à la journée), les « charters » (voilier loué avec équipage) et les « bare-boats » (voilier de location).
Les amas de granit forment des galeries et des piscines naturelles du plus bel effet. Toute la famille est ravie d’emprunter les sentiers balisés entre les rochers( mis à part Florent qui supporte difficilement le flot de touristes et rêve d’île déserte…).
Le 19 avril, la radio du bord laisse entendre un appel pour galinette, émis avec un fort accent méridional. Il s’agit du voilier Loïska (Kelt 39) qui arrive de St Martin. Annie, Alain et leur neveu Jean Rémi viennent passer une dizaine de jours aux Vierges avant leur transat retour vers Martigues.
Les deux équipages quittent l’ouest de Virgin Gorda pour le nord : les baies de Gorda sound et Eustatia sound. Deux baies très protégées et idéales pour la navigation ; plusieurs petites marinas sont implantées sur le pourtour du bassin ainsi que des hôtels haut de gamme. L’aménagement est très coquet, très british et les prestations offertes très coûteuses. Les mini-markets présents dans ce secteur offrent un échantillon de la gastronomie britannique… dont nous ne sommes pas adeptes. On préfèrera pour le souper plusieurs kilos de gros escargots de mer ramassés sur les rochers. Les pavillons français sont très rares, la mode ici est plutôt à l’union jack ou aux stars & stripes.
Au bout de deux jours dans ce secteur nous prenons la direction d’Anegada, îlet corallien de 10m de haut qui termine la grande barrière de corail qui protége les Vierges.
Du 23 au 27 avril 2009ANEGADA
Loïska et Galinette filent, sous voiles, à plus de 7 nœuds jusqu’à ce qu’un grain les frappe à 2 miles du point d’arrivée. La visibilité est quasi nulle et nous tournons en rond en attendant qu’une éclaircie permette de se faufiler entre les patates de corail. Anegada est peuplée de moins de 150 habitants et est bordée de récifs et de plages de sable. Deux mouillages sont conseillés par les guides nautiques : l’un sur bouées payantes, très prisé par les voiliers de location et l’autre plus sauvage que nous choisissons. C’est Pomato point. Les amateurs de paysages sauvages sont servis : la longue plage comporte seulement trois maisonnettes et une longue route bétonnée en arrière.
Après plusieurs semaines de snorkelling pacifique, Flo
craque et rend visite aux langoustes. Dans la plupart des îles anglophones, la
chasse et la pêche sont réservées aux locaux mais la tentation est trop
forte ! Notre prélèvement, effectué hors zone protégée et qui se limite à
la consommation du bord, nous permet de grossir le tableau de chasse de quelques
belles pièces. A proximité du bateau nous apercevons plusieurs beaux spécimens
de raies, barracudas et même requins pointes noires à quelque distance.
Malheureusement, la mer agitée et le temps maussade de ces derniers jours ne
nous offrent pas une bonne visibilité.
Le 23 avril, pour
fêter l’anniversaire de Sandra, faute de magasin
pour acheter un gâteau,
notre choix se porte sur les produits locaux !
Deux jours plus tard, tous les voiliers présents à Pomato point arborent un pavillon tricolore. Nous rencontrons « Off-Course » un superbe outremer 55L à bord duquel nous prenons l’apéritif. Wesley, le plus jeune du bord initie Elsa et Lilian à la console de jeu Wii. Les enfants sont en admiration devant ce jeu vidéo sur écran de télévision (10 fois plus grand que leur propre écran de console de jeu !).
Presque à cours de vivres et d’eau, le 27 avril, nous
quittons le lieu pour Road Town, capitale de Tortola située à une vingtaine de
miles après avoir fait nos adieux à Loïska qui doit mettre le cap à l’est.
Le vent fort nous propulse rapidement vers cette ville. Un
beau thazard-franc (ou kingfish) vient se prendre sur notre ligne de traîne. Ce
poisson nous fait douter un moment.
Peut-on le consommer ? En effet dans les îles au nord de la Dominique sévit la ciguatera (ou gratte): une maladie véhiculée par les poissons dont l’origine est une algue se développant sur les coraux. . Les poissons de récifs consomment cette algue et sont à leur tour mangés par des carnassiers. Plus la concentration de cette toxine est élevée, plus le risque de toxicité est élevé pour l’homme. Un animal contaminé est impossible à reconnaître mais certaines espèces sont plus incriminées que d’autres (têtes d’affiche : Barracudas et Carangues). Une recherche sur Internet nous rassure car ce poisson est couramment consommé par ici. Grillé au barbecue le soir même il ne nous laissera que de bons souvenirs gustatifs.
Du 27 avril au 1er mai 2009Road Town est la principale ville du pays mais elle parait
très artificielle: pas d’habitations ou de vrai centre urbain mais en revanche
beaucoup de banques, de bureaux, plusieurs marinas et des gigantesques bases de
location de voiliers.
Mickey est même là : son paquebot est amarré au quai
des croisiéristes.
Les deux rues principales (Main Street et Waterfront Drive) sont bordées de magasins de souvenirs et remplies de touristes, en majorité américains. Une attraction nous attire tout de même : le Dolphin Discovery qui propose une baignade avec les dauphins en bassin ; la personne de l’accueil nous conseille de revenir un dimanche pour profiter d’une séance plus longue (c’est la journée sans paquebot). Notre visite aura lieu dans dix jours, cela nous permet, de manière perverse mais efficace, de canaliser les enfants qui supportent de moins en moins le C.N.E.D. quotidien. Nous quittons rapidement cette ville dont le charme nous est étranger pour l’ouest de l’île de Tortola.
Une courte
navigation sous voile nous mène à Cane Garden, baie aux allures de petite
station balnéaire. L’endroit est sympathique et peu peuplé car nous sommes en
fin de saison touristique, nous y évitons les bouées racketeuses et y trouvons
une plage à notre goût.
Un ponton haut de plus de deux mètres séduit les
enfants qui apprennent à sauter dans l’eau.
Les animaux affectionnent également ce lieu : plusieurs tortues sillonnent le mouillage, deux rémoras (ou poissons-pilotes) de près de un mètre viennent s’alimenter sous notre coque. Au crépuscule, alors qu’ils se nourrissent d’épluchures, Flo tente d’en attirer un en surface grâce à un cube de pomme de terre monté sur un hameçon monstrueux afin de le prendre en photo mais il le pêche par mégarde. Le malheureux sera libéré après photographie.
Du 1er au 5 mai 2009Le succès des B.V.I. s’explique par la facilité de navigation dans l’archipel. Une heure après le départ de Cane Garden nous sommes à Jost Van Dyke, l’île la plus à l’ouest qui porte le nom d’un ancien pirate hollandais.
Elle est également la moins urbanisée et la plus sauvage (sauf la plage de White Bay qui prend le Week-end des allures de Californie).
Plusieurs établissements bordent les plages :
-le mythique Foxy’s Bar que tout plaisancier présent aux B.V.I. se doit de fréquenter ; les clients laissent souvent une trace de leur passage accrochée au plafond (T-shirt, Casquette, etc.).
-le Stress Free Bar, plus cool, plus hippies et à la déco très kitch.
-le Sandcastle, fréquenté par les Daytours, très à la mode et très bruyant.
Devant ces bars, des raies américaines viennent profiter de l’ambiance dans un mètre d’eau. Nous profitons de cette île, de ses rochers truffés de coquillages et de ses fonds intéressants malgré une météo désastreuse.
Le 5 mai, à cours de produits frais, nous repartons vers Cane Garden en faisant un arrêt à Sandy Cay, un bel îlet ou nous croisons l’imposant Picton-Castle, un voilier école privé (trois-mats barque) dont les stagiaires manipulent incessamment les voiles.
Le soir, sous un grain magistral qui réduit notre visibilité, nous sommes contraints de prendre une bouée à 25 $. Florent, malgré les intempéries, se rend au supermarché pour s’offrir, le jour de son anniversaire, son repas favori : steak, patates sautées, vin rouge.
Du 6 au 15 mai 2009Un autre site remarquable des îles vierges est situé sur Norman’s Island, au sud de Tortola ; il s’agit des « caves » (grottes). Pirate’s Bight, la principale zone de mouillage de l’île est ensemencée de bouées ; une annexe vient à notre rencontre et nous propose en français de mouiller à coté de leur voilier, l’arrière amarré sur la plage.
Nous acceptons la proposition et sympathisons rapidement avec nos guides, c’est l’équipage de « new life » composé de Patricia, Thierry et Marvin (6ans). Ils vivent à bord de leur vulcain 4 modifié, une coque acier, depuis près de 7 ans et arrivent des Etats Unis via les Bahamas. Le lendemain, en leur compagnie, nous explorons les caves, cavités rocheuses accessibles à la palme et peuplées de poissons tropicaux multicolores. L’île est très fréquentée par les inévitables charters. Un bateau restaurant est même ancré au centre de la baie et nous inonde à partir de 14 heures et jusque tard dans la nuit de musique forte, rehaussée des cris hystériques des clients alcoolisés.
Le rendez vous avec les dauphins nous fait repartir vers
Road Town le samedi 9 mai. Le dimanche matin, pas d’école, nous partons
retrouver ces adorables bestioles au centre de dressage.
Les animaux et leurs
soigneurs sont bien là mais faute de réservations il n’y a pas d’attraction
aujourd’hui !
Devant la mine déconfite des enfants et à force d’arguments
dans la langue de Shakespeare, la dresseuse en chef nous propose une séance
spéciale « spécial V.I.P. » à un tarif avantageux. Elsa, Lilian et
Sandra se font tracter par les dauphins, propulser en l’air et peuvent à loisir
les caresser et danser avec. Cela leur laisse un souvenir impérissable.
Après un passage au supermarket (pour acheter des œufs et du bacon !) nous fuyons cette ville et nous dirigeons vers Peter Island et sa belle plage de Deadman’s Bay. Un hôtel de luxe occupe une partie du rivage mais il semble vide. La plage est propre, entretenue et proche d’une pointe rocheuse ou l’on croise des spécimens étonnants : une tortue de près de 50 kg, un tarpon de plus d’un mètre, plusieurs lambis et une grosse cigale de mer aux allures préhistoriques.
Deux thazard se frotteront de trop près au fusil-harpon de Florent et finiront à la poêle. Le lendemain nous passons la journée sur Salt Island, l’île voisine. En son centre on trouve un ancien marais salant ainsi que quelques cabanes, vestiges de l’exploitation passée de ce site.
La houle qui rentre dans la baie en fin d’après midi ne nous incite pas à passer la nuit ici, c’est pourquoi nous décidons de poursuivre vers la zone des « Baths » afin de dormir tranquillement. Au petit matin Elsa nourrit les mouettes à la main avec les restes du déjeuner.
New life est également dans le secteur, les enfants sont ravis de se revoir et de pouvoir jouer ensemble aux explorateurs entre les rochers granitiques ou de pouvoir sauter dans les piscines naturelles aux eaux émeraudes. Ces paysages sont décidément nos préférés des îles vierges britanniques et nous resterons là jusqu’au départ vers Saba en compagnie de nos amis suisses.
Le mois de mai aux Antilles correspond à la fin de la
période des alizés (vents de secteur nord-est dominant), depuis quelques jours
la météo annonce logiquement du vent de sud-est. C’est le vent le plus
défavorable pour notre dernière traversée vers Saba. C’est pourquoi, lorsque
les prévisions annoncent deux jours d’est nord-est vendredi 15 et samedi 16,
nous sautons sur l’occasion et prenons le cap 135° qui doit nous mener à Saba.
Nous quittons à regret New-Life qui doit rallier Saint-Martin.

